15 novembre 2005

Cabotage

HODIE

Sans safran ni godille


Quelle sorte de barque est la langue ? Pour traverser, pour s'en aller, ou simplement pour se tenir en équilibre sur le bleu. Des planches clouées, du bois taillé : il faut un arbre ou plusieurs pour aller sur la mer. Il faut du sol et des racines. Le bonheur de vivre ici-bas, puis à coups de hache la furie d'abattre et de décortiquer. Il faut avoir aimé les souffles de la langue, ses feuillages et ses chants. Puis cisaillé ses branches, détruit ses nids et chassé ses oiseaux...
Telle est la fable de qui s'en va. De qui s'est fabriqué l'esquif de la disparition. Il faut avoir un peu de terre sous les semelles pour marcher sur la mer.

(Jean-Michel Maulpoix, Une Histoire de bleu)

14 novembre 2005

Vive la république !

HODIE

Socrate, marchand de couleurs et d'oculaires...


J'ai descendu dans mon jardin
J'ai descendu dans mon jardin
Pour y cueillir du romarin.

Gentil coqu'licot, Mesdames,
Gentil coqu'licot, nouveau !

Pour y cueillir du romarin
Pour y cueillir du romarin
J' n'en avais pas cueilli trois brins

Qu'un rossignol vint sur ma main

Il me dit trois mots en latin

Que les homm's ne valent rien

Et les garçons encor bien moins !

Des dames, il ne me dit rien

Mais des d'moisell' beaucoup de bien.

Gentil coqu'licot, Mesdames,
Gentil coqu'licot, nouveau !

13 novembre 2005

Sur le toboggan

HODIE

Soyez plus incisifs !


la langue a créé le temps
puis s'en apercevant
elle a créé dieu
pour qu'il mange le temps
maintenant
nous marchons sur ses dents

(Bernard Noël, La Chute des temps)

12 novembre 2005

L'homme aux rouges dents

HODIE

Chèvre gourmande, betterave nocturne et cirage noir.


Celui qui n'a rien dit
Est mort, le coeur muet,
Lorsque la nuit
Sonnait
Ses douze coups
Au coeur des minuits fous.

─ Serrez-le vite en un linceul de paille,
Les poings noués, et qu'il s'en aille.

Celui qui n'a rien dit
M'a pris mon âme et mon esprit.
Il a sculpté mon crâne
En navet creux, dont les chandelles
Sont mes prunelles.

─ Nouez-le donc, nouez le mort,
Rageusement, en son linceul de paille.

Celui qui n'a rien dit
Dormait, sous le rameau bénit,
Avec sa femme, en un grand lit,
Quand j'ai tapé comme une bête
Avec une pierre, contre sa tête.

Derrière le mur de son front
Battait mon cerveau noir,
Matin et soir, je l'entendais
Et le voyais qui m'invoquait
D'un rythme lourd comme un hoquet ;
Il se plaignait de tant souffrir
Et d'être là, hors de moi-même, et d'y pourrir
Comme les loques d' une viande
Pendue au clou, au fond d'un trou.

Celui qui n'a rien dit, même des yeux,
Qu'on lui coupe le coeur en deux,
Et qu'il s' en aille
En son linceul de paille.

Que sa femme qui le réclame
Et hurle après son âme,
Ainsi qu'une chienne, la nuit,
Se taise ou bien s'en aille aussi
Comme servante ou bien vassale.
Moi je veux être
Le maître
D'une cervelle colossale.

─ Nouez le mort en de la paille
Comme un paquet de ronces ;
Et qu'on piétine et qu'on travaille
La terre où il s'enfonce.

Je suis le fou des longues plaines,
Infiniment, que bat le vent
À grands coups d'ailes,
Comme les peines éternelles ;
Le fou qui veut rester debout,
Avec sa tête jusqu'au bout
Des temps futurs, où Jésus-Christ
Viendra juger l'âme et l'esprit,
Comme il est dit.
Ainsi soit-il.

(Émile Verhaeren, Les Campagnes hallucinées)

11 novembre 2005

Le second peloton

HODIE

Je me souviens de planche à glace et j'ai perdu le compte des "f".



Notre longue marche par un pays pluvieux nous a conduits à ces quelques minutes au bord d'un lac d'argent pâle et lisse. Nous ne parlions plus. Ce silence était si lourd, si calme ; l'instant plus délicat que le paysage là-bas doucement repris par une brume translucide.

(Gustave Roud, Air de solitude)

10 novembre 2005

Excès de masse

HODIE

Négation nictitante.


Il attend un faux pas du soleil
pour le traîner dans son trou
raser ses rayons le manger.

Il peut observer Dieu à travers ses persiennes de pierre
suivre sa marche sur son domaine informe
sans lui faire signe.
Il peut attendre des siècles dans sa cuirasse de terre
sans se lasser.
Demandez son âge à l’aubier
suivez son itinéraire dans l’écorce
pliez-le tel un linge raide
la fêlure du cœur tournée vers l’intérieur.

(Vénus Khoury-Ghata)

09 novembre 2005

Satellite

HODIE

Sabots en fête, rois des cheminées.


Moi, la chèvre, je suis le surplus du troupeau
Et je m'ennuie avec ces gens de tout repos
Qui font tout bonnement tous la même chose.
Je m'ennuie à mourir sur ce chemin morose.
Je n'aime pas – j'en ai le cerveau courbatu –
Marcher en foule ainsi sur un terrain battu ;
Je n'aime pas brouter l'herbe déjà tondue,
Ce petit foin sans goût, sans fleur inattendue...
Rien de nouveau, rien, rien... Tout est toujours pareil,
Pas même, pour changer, de l'ombre et du soleil,
Pas un obstacle au loin sur la campagne glabre
Qu'on devine et qui fait que d'avance on se cabre...

(Marie Noël, Les Chansons et les Heures)

08 novembre 2005

Un grand frère

HODIE

Écho des fraises et des peupliers.


C'est pas tant la peur du tonnerre
Avec son grand zig-zag
C'est pas tant la peur des années
Avec leur grand zodiaque
C'est pas tant la peur de l'enfer
Avec son grand tic-tac
C'est pas tant la peur de l'hiver
Avec son grand colback
C'est pas tant la peur tracassière
Avec son grand bivouac
C'est pas tant la peur de la guerre
Avec son grand mic-mac
C'est pas tant la peur de l'amour
Avec ses grands cornacs,
C'est pas tant la peur du suaire
Avec son grand cloaque :
C'est surtout la peur ordinaire,
C'est surtout la peur de la peur
Avec son bric-à-brac.

(Norge, Poésies 1923-1988)

07 novembre 2005

La presque totale

OLIM

Ni réconfort ni promesse.


Vous souffrirez beaucoup mais il y a pis. Il y a le moment ─ dans un mois, dans trois mois, je ne sais quand ─ où vous commencerez à souffrir par intermittence. Vous connaîtrez les répits, les moments d'oubli animal qui viennent, sans qu'on sache pourquoi, parce qu'il fait beau, parce qu'on a bien dormi ou parce qu'on est un peu malade... Oh ! mon enfant ! comme les reprises du mal sont terribles ! Il s'abat sur vous sans avertir, sans rien ménager... Dans un moment innocent et léger, un suave moment délivré, au milieu d'un geste, d'un éclat de rire, l'idée, le foudroyant souvenir de la perte affreuse tarit votre rire, arrête la main qui portait à vos lèvres la tasse de thé, et vous voilà terrifiée, espérant la mort avec la conviction ingénue qu'on ne peut souffrir autant sans mourir... Mais vous ne mourrez pas !... ─ vous non plus. Les trèves reviendront, irrégulières, imprévisibles, capricieuses... Ce sera... ce sera vraiment terrible...

(Colette, Les Vrilles de la vigne)

06 novembre 2005

Plaquettes

HODIE

Un perpétuel coup de langue.


À s'unir au rien, le rien n'engendre rien.
S'il faut vivre éveillé aux choses vivantes,
Craignons plutôt que le chagrin ne s'apaise
De même que vient à faiblir la mémoire
Cesser de souffrir en cessant de la voir
Nous rejoindre la nuit favorable aux rencontres
Serait comme laisser le coeur s'appauvrir
Par deux fois dévasté et désert.

(Louis-René des Forêts, Poèmes de Samuel Wood)

Chant nocturne

OLIM

Des cendres qui battent sur mon coeur.


Qu'elle était belle ta chanson, Halewyn, dont j'ai retenu l'air, et qu'à mon tour je puis chanter. Et plus belle encore peut-être était ta voix, que je n'entendrai plus qu'au dedans de moi-même. Pour elle j'aurais quitté, sans un regret, les êtres qui me chérissaient et que j'aimais. Pour elle je serais allée sans esprit de retour de la mer changeante et farouche qui m'a vue naître, à ta forêt insidieuse, heureuse de me couler à tes côtés, j'aurais été ton humble écho mélodieux. Cela ne t'a point suffi. Et voilà pourquoi cette nuit ce n'est plus moi qui te suis. A mon tour je t'emporte, tout-puissant d'hier, je t'emmène inerte, ô toi qui prenais tout, sans vouloir rien donner.

(A. De Lauwereyns de Roösendaël, Contes et légendes de Fandre)

04 novembre 2005

Douce fatigue

HODIE

Un os pour chien de chasse bredouille.



CANTIQUE AVANT DE SE COUCHER

La Vie atroce a pris mon coeur dans son étau,
La Vie aigre sonne un tocsin dans mon oreille,
La Vie infâme a mis ses poux dans mon manteau.

Je suis comme un raisin plâtré sous une treille,
Comme un quine égaré par l'affre du Loto.
Comme un Pape très blanc et très doux qui sommeille.

Désespérance morne au seuil du Lys Hymen !
- Nimbé d'Encens impur j'agonise et je fume. -
Ô l'Induration lente du Cyclamen !
Ô les Morsures dans l'Alcôve qui s'allume !
Ô les Ostensoirs dans la Basilique ! Amen !

(Adoré Floupette... Les Déliquescences)

03 novembre 2005

Petit bonheur en creux

HODIE

Une muraille inentamée, une moue discrète, une danse légère.


Les deux jours suivants, je restai terré dans mon bungalow. De temps en temps, je sortais en rasant les murs, j'allais jusqu'au minimarket acheter des pistaches et des bouteilles de Mékong. Je ne pouvais pas envisager de croiser Valérie à nouveau, au buffet du déjeuner ou sur la plage. Il y a des choses qu'on peut faire, et d'autres qui paraissent trop difficiles. Peu à peu, tout devient trop difficile ; c'est à cela que se résume la vie.

(Michel Houellebecq, Plateforme)

02 novembre 2005

Projets d'avenir

HODIE

J'houle !


Je vous construirai une ville avec des loques, moi !
Je vous construirai sans plan et sans ciment
Un édifice que vous ne détruirez pas,
Et qu'une espèce d'évidence écumante
Soutiendra et gonflera, qui viendra vous braire au nez,
Et au nez gelé de tous vos Parthénons, vos arts arabes, et de vos Mings.

Avec de la fumée, avec de la dilution de brouillard
Et du son de peau de tambour,
Je vous assoirai des forteresses écrasantes et superbes,
Des forteresses faites exclusivement de remous et de secousses,
Contre lesquelles votre ordre multimillénaire et votre géométrie
Tomberont en fadaises et galimatias et poussière de sable sans raison.

Glas ! Glas ! Glas sur vous tous, néant sur les vivants !
Oui, je crois en Dieu ! Certes, il n'en sait rien !
Foi, semelle inusable pour qui n'avance pas.
Oh monde, monde étranglé, ventre froid !
Même pas symbole ; mais néant, je contre, je contre,
Je contre et te gave de chiens crevés.
En tonnes, vous m'entendez, en tonnes, je vous arracherai ce que vous m'avez refusé en grammes.

Le venin du serpent est son fidèle compagnon,
Fidèle et il l'estime à sa juste valeur.
Frères, mes frères damnés, suivez-moi avec confiance.
Les dents du loup ne lâchent pas le loup.
C'est la chair du mouton qui lâche.

Dans le noir nous verrons clair, mes frères.
Dans le labyrinthe nous trouverons la voie droite.
Carcasse, où est ta place ici, gêneuse, pisseuse, pot cassé ?
Poulie gémissante, comme tu vas sentir les cordages tendus des quatre mondes !
Comme je vais t'écarteler !

(Henri Michaux, La Nuit remue)

01 novembre 2005

Tour de manège

HODIE

Pourquoi courir si loin ?



Des fleurs magiques bourdonnaient. Les talus le berçaient. Des bêtes d'une élégance fabuleuse circulaient. Les nuées s'amassaient sur la haute mer faite d'une éternité de chaudes larmes.

(Arthur Rimbaud, Les Illuminations)

31 octobre 2005

Avant le repos

HODIE

Un python glacé comme un frisson.


Parfois en pleine nuit, aussi parfaitement éveillé que le jour où l'on n'a pu entrer chez soi parce que les morts avaient changé le mot de passe,
On décide de hurler dans le lit où l'on est seul
Comme si, pieds et poings liés, on voyait se rapprocher la scie ou le bout rougeoyant du cigare.
Mais on a beau hurler aussi bien et aussi fort que l'on peut, nulle main charitable, ainsi bernée, n'émerge du néant.
Pour être sûr que l'on vit, il va falloir attendre le retour quotidien des enquêteurs et la reprise de leur doucereuse perquisistion qui durera autant que nous.

(Jean Rousselot, Les Monstres familiers)

30 octobre 2005

Délicieuse amertume

HODIE

Deux fines tresses de princesse.


OCTOBRE
C'est en vain que je vois les arbres toujours verts.
Qu'une funèbre brume l'ensevelisse, ou que la longue sérénité du ciel l'efface, l'an n'est pas d'un jour moins près du fatal solstice. Ni ce soleil ne me déçoit, ni l'opulence au loin de la contrée ; voici je ne sais quoi de trop calme, un repos tel que le réveil est exclu. Le grillon à peine a commencé son cri qu'il s'arrête ; de peur d'excéder parmi la plénitude qui est seul manque du droit de parler, et l'on dirait que seulement dans la solennelle sécurité de ces campagnes d'or il soit licite de pénétrer d'un pied nu. Non, ceci qui est derrière moi sur l'immense moisson ne jette plus la même lumière, et selon que le chemin m'emmène par la paille, soit qu'ici je tourne le coin d'une mare, soit que je découvre un village, m'éloignant du soleil, je tourne mon visage vers cette lune large et pâle qu'on voit pendant le jour.
Ce fut au moment de sortir des graves oliviers, où je vis s'ouvrir devant moi la plaine radieuse jusqu'aux barrières de la montagne, que le mot d'introduction me fut communiqué. Ô derniers fruits d'une saison condamnée ! dans cet achèvement du jour, maturité suprême de l'année irrévocable. C'en est fait.
Les mains impatientes de l'hiver ne viendront point dépouiller la terre avec barbarie. Point de vents qui arrachent, point de coupantes gelées, point d'eaux qui noient. Mais plus tendrement qu'en mai, ou lorsque l'insatiable juin adhère à la source de la vie dans la possession de la douzième heure, le Ciel sourit à la Terre avec un ineffable amour. Voici, comme un coeur qui cède à un conseil continuel, le consentement ; le grain se sépare de l'épi, le fruit quitte l'arbre, la Terre fait petit à petit délaissement à l'invincible solliciteur de tout, la mort desserre une main trop pleine ! Cette parole qu'elle entend maintenant est plus sainte que celle du jour de ses noces, plus profonde, plus tendre, plus riche : C'en est fait! L'oiseau dort, l'arbre s'endort dans l'ombre qui l'atteint, le soleil au niveau du sol le couvre d'un rayon égal, le jour est fini, l'année est consommée. À la céleste interrogation cette réponse amoureusement C'en est fait est répondue.

(Paul Claudel, Connaissance de l'Est)

29 octobre 2005

Réticences

HODIE

Du bleu et presque un chandelier.


Ta chevelure est sans lilas, ton beau visage : de miroir.
D'un oeil à l'autre oeil le nuage passe, comme Sodome vers Babel :
il dépèce tel un feuillage la tour et fait rage autour du buisson de soufre.

Alors te tressaille un éclair sur la bouche ─ ce gouffre avec les restes du violon.
Quelqu'un, dents de neige, promène l'archet : ô le roseau chantait plus beau !

Toi aussi, aimée, tu es le roseau et nous tous sommes la pluie ;
ton corps est un vin sans pareil, et nous pintons à dix ;
ton coeur est une barque dans le blé, nous, rameurs, la poussons vers la nuit ;
cruchette du bleu, tu sautilles légère au-dessus de nous, et nous, nous dormons...

Devant la tente s'approche la centurie, et nous te portons à la tombe sans cesser de trinquer.
Sur le carrelage du monde résonne maintenant le dur thaler des rêves.

(Paul Celan, Pavot et mémoire)

28 octobre 2005

Milieu de milieu de milieu

HODIE

Silence

Fanatiques lugubres. Hier, allés, par une pluie criblante, aux courses du Vélodrome, sachant qu'il ne pouvait pas y avoir de courses, entrés, sachant qu'il n'y avait personne, nous être assis sur l'un des bancs vides des tribunes et avoir regardé deux heures, sans nous parler, la piste larmoyante, sûrs qu'aucun coureur ne viendrait, repartis contents de nous et souriant follement.

(Jules Renard, Journal 28-10-1892)

27 octobre 2005

Vision

HODIE

Un si joli sourire...


Eussions-nous su qu'elle portait une Tonne
Nous aurions calmé la terreur
Mais elle marchait plus droit sous le Poids
À elle revient donc l'erreur ─

(Emily Dickinson, Quatrains)

26 octobre 2005

Du calme !

HODIE

Rayons d'or et plaisir.


Tu as acheté des livres et rempli des rayons, ô amoureux des Muses.
Cela signifie-t-il que tu es desormais savant ?
Si tu achètes aujourd'hui des instruments à cordes, plectre et lyre :
Crois-tu que demain le royaume de la musique t'appartiendra ?

(Ausone, Opuscules)

25 octobre 2005

Stick

HODIE

Sticker

Le nom grec d'Étienne, Stephanos, signifie « couronne » en latin mais « norme » en hébreu. Il fut en effet couronne, comme origine des martyrs du Nouveau Testament, de même qu'Abel fut l'origine des martyrs de l'Ancient Testament. Il fut aussi norme, comme modèle et comme règle pour ceux qui souffrent. Ou bien encore il est nommé Stephanos, à partir de strenue fans, « celui qui parle vigoureusement », ce qui se vérifie bien dans sa prédication. Ou encore le nom dérive de strenue fans anus, « celui qui parle vigoureusement ou de façon louable aux vieilles femmes », car il parla avec vigueur ou avec efficacité, pour les instruire et les guider, aux vieilles femmes, c'est-à-dire aux veuves, dont les apôtres lui avaient confié la direction et qui étaient littéralement de vieilles femmes.

(Jacques de Voragine, La Légende dorée)

24 octobre 2005

d'hazard

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23 octobre 2005

Antiparapéri

HODIE

Haïssable moi.


Le texte c'est la fin du parcours. Ce qu'il faut retrouver c'est l'élan musculaire qui a jeté cette phrase pour qu'elle aboutisse. C'est-à-dire l'état physique dans lequel était l'auteur. «Tout est suspect sauf le corps», dit Jouvet citant Artaud. Or que fait l'acteur le plus souvent (et je m'intègre dedans) : il redit sur les mots ce que les mots disent déjà. Il y a trahison dès qu'il y a énonciation. Or le texte c'est la cérébralisation par le langage d'un état : si tu recérébralises, tu meurs. Il n'y a rien à comprendre. Ce qu'il faut c'est retrouver la phrase d'avant le langage. C'est infernal. Les mots t'emmènent dans la blessure. Quand le corps lâche, que l'ego abandonne la partie, l'organe qui a bien travaillé avant restitue sans volonté.

(Fabrice Luchini, http://www.liberation.fr/page.php?Article=331175)

22 octobre 2005

Acharnement

HODIE

Pixel de pixel ! Mais c'est bien sûr !


L'acte d'amour et l'acte de poésie
Sont incompatibles
Avec la lecture du journal à haute voix

(André Breton)

21 octobre 2005

Contrôle

HODIE

Pourquoi faire simple... Mais les ailes, je prends !


L'homme animal
Vers le néant
Enveloppe ses sens
Les ombres de son égout
Sont l'obstacle à l'amour
Système chinois d'athéisme
Comme un regard vide
Moelles squelettes couleur de limaçon
De la pénétration mutuelle
Mécanisme aveugle et muet
Nous trouverons des ailes qui vivent selon Platon
Dans les apparences des réalités.

(Francis Picabia, La Fille née sans mère)

20 octobre 2005

En creux

HODIE

Être la plasticine qui modèle les doigts.


« former la sensation personnelle à l'aide d'une collision flamboyante de mots rares »
« dessiner des angles ou des carrés nets de sentiments »
« J'ai successivement été un littérateur couronné, un dessinateur pornographe connu et un peintre cubiste scandaleux ─ Maintenant, je reste chez moi et laisse aux autres le soin d'expliquer et de discuter ma personnalité d'après celles indiquées. »

(Jacques Vaché)


Ce dandy des tranchées a très tôt su transformer la réalité ─ alors synonyme de mort, toujours d'ennui en fantaisie ubuesque, et ouvrir le langage aux forces de l'inconscient. Pour se protéger de la "machine à décerveler" de la guerre, il a choisi de se dédoubler. Vaché a mis au point un personnage imperméable à toute croyance, toute mystification : extralucide et iconoclaste. Ceux qui veulent aujourd'hui être libres ont bien des choses à apprendre de lui. Sa seule véritable conception, l'Umour, "le sens de l'inutilité théâtrale (et sans joie) de tout", est devenue la devise des insoumis à la réalité. Poète existentiel, Jacques Vaché n'a rien produit d'autre que lui-même. En cela, il incarne la quintessence de l'esprit poétique.
Cette figure essentielle s'est toutefois évanouie dans les plis de la littérature, digérée et décomposée qu'elle fut par le puissant organe surréaliste. Retrouver l'homme nécessite une autopsie, au risque d'être traité de profanateur, de fossoyeur ou de médecin légiste trop léger avec la loi du milieu. Il faudra bel et bien mettre des gants ─ de chirurgien ─ pour lui rendre hommage, le sortir de là : l'estomac d'André Breton. "Vaché est surréaliste en moi", écrit-il en 1924 dans le premier manifeste du surréalisme ; Breton a littéralement absorbé Jacques Vaché. Le futur gros poisson du surréalisme en est devenu l'intime gardien, la baleine de Jonas du plus profond des océans littéraires.

(Bertrand Lacarelle, Jacques Vaché)

19 octobre 2005

Pierre

HODIE

S'abandonner à la marée


je ne veux pas te quitter
mon sourire est attaché à ton corps
et le baiser de l'algue à la pierre
à l'intérieur de mon âge je porte un enfant gai et bruyant
il n'y a que toi qui saches le faire sortir du coquillage
comme l'escargot avec de fines voix

parmi l'herbe il y a
les mains fraîches des fleurs qui se tendent vers moi
mais il n'y a que ta voix qui sois fine
comme ta main est fine comme le soir est impalpable comme le repos

(Tristan Tzara, Indicateur des chemins de coeur)

18 octobre 2005

yoyo

HODIE

Le plaisir et le chat sont dans une boîte. Ou pas.


La perfection de l'âme quant au plaisir est l'extinction de toute opinion capable de lui inspirer de la crainte.

(Épicure, Maximes)

17 octobre 2005

Voyages

HODIE

Au diable les pixels !


Ramper avec le serpent
se glisser parmi les lignes
rugir avec la panthère
interpréter moindre signe
se prélasser dans les sables
se conjuguer dans les herbes
fleurir de toute sa peau

Plonger avec le dauphin
naviguer de phrase en phrase
goûter le sel dans les voiles
aspirer dans le grand vent
la guérison des malaises
interroger l'horizon
sur la piste d'Atlantides

Se sentir pousser des ailes
adapter masques et rôles
planer avec le condor
se faufiler dans les ruines
caresser des chevelures
brûler dans tous les héros
s'éveiller s'émerveiller

(Michel Butor, À la frontière)